historique du
bâtiment
La désaffectation de la Manufacture des tabacs d'Orléans en 1984 donna au Ministère
de la Culture la possibilité d'acquérir une partie significative des bâtiments
préservés pour sa Direction régionale et l'occasion de donner à l'architecte
un programme architectural conjuguant la réhabilitation de l'existant et la
création architecturale.
Dernière manufacture construite par le SEITA sur un modèle d'usines mis au point
entre 1870 et 1880 et reproduit sur une douzaine de sites en France, la manufacture
d'Orléans appartient à la grande famille des usines en forme de château élaborée
aux 17ème et 18ème siècles.
La manufacture d'Orléans a étendu progressivement entre 1886 et 1901 ses ateliers
selon un plan très répandu dans les grandes usines françaises de l'époque et
adapté pour les besoins d'une manufacture de tabacs.
Vue aérienne de l'ensemble du site (années 50). Seules subsistent
aujourd'hui les parties coloriées
L'un des bâtiments de production en cours de construction - 1887
La ville d'Orléans a beaucoup
favorisé cette installation créatrice d'emplois surtout féminins : après la
1ère Guerre Mondiale la manufacture compta jusqu'à 550 employés dont près de
400 ouvrières.
Halle de travail : façade ordonnancée selon des lignes horizontales que rompt
la travée centrale mise en valeur par la taille des ouvertures, la lucarne millésimée,
l'horloge et le campanile.
Sortie de l'usine (avant 1914).
Comme dans les autres usines
du SEITA, la manufacture n'était pas spécialisée mais produisait au contraire
toute une gamme de produits, du cigare aux cigarettes courantes, commes les
Hongroises que la première Guerre Mondiale obligea à rebaptiser Gauloises.
Premier étage de l'une
des halles : ouvriers de l'atelier de hachage des feuilles de tabac.
Le parti architectural est
sobre et l'organisation des bâtiments autour des cours est fonctionnelle. Construites
en maçonnerie selon des formules éprouvées, les grandes halles de style fin
de siècle inspiré du néoclassicisme et de l'éclectisme ont trois niveaux bien
éclairés et convenablement ventilés (deux niveaux de travail, un de stockage).
Ces bâtiments sont conçus pour durer et produire selon un processus rationnel.
Afin de libérer l'espace et de supporter les machines, les grandes halles sont couvertes par l'ensemble - poteaux - poutres -
planchers à voûtains, l'une des adaptations du système Hennebique.
Système
poteau en bois posé sur pierre avec écoinçons métalliques.
Colonnette
en fonte.
Un quart seulement de cette
manufacture a été préservé autour du bâtiment de direction : tous les petits
bâtiments attenants, les cheminées, le château d'eau ont disparu, seulement
visibles sur les anciennes photographies. Mais qui pourra, une fois les derniers
ouvriers retraités disparus, évoquer le fracas des machines, l'odeur de tabac
fraîchement haché et les passages des ouvrières quatre fois par jour le long
de "la Direction"?
Conciergerie et logement
de gardien. Grille, jardin régulier et traitement de la maison accentuent l'effet
d'usine en forme de château. Au premier plan, le 7, symbole de la SEITA.
En 1995, l'architecte François CHOCHON a relevé le défi de réhabiliter et d'animer
ces bâtiments sans fantaisie et de traduire, dans un environnement difficile,
la politique du ministère de soutien à la création architecturale.
Pilastre
d'angle décoratif, conservé dans la réhabilitation du bâtiment de direction.
Revers
de la façade de la manufacture, adjonction de François Chochon
: le centre de documentation.
Assemblage éclectique
fin de siècle signalant l'identité du bâtiment de direction. Ce carrelage
a été conservé dans la réhabilitation de F. Chochon.
A un programme "simple"
:
- réhabiliter des locaux désuets mais en bon état général
- améliorer les conditions de travail des agents et le fonctionnement des services
- rendre visible la volonté de "service public" de l'Etat par la création d'un
centre de documentation largement ouvert.
l'architecte a répondu
par :
- la reprise du bâtiment de direction en préservant ses volumes et ses décors
kitsch
- la répartition rationnelle des services autour du centre de gravité que constitue
l'accueil
- la création d'un bâtiment tout en courbes et en tranparences rompant l'austère
ordonnancement de l'ancienne manufacture.
Bâtiment de direction, traité comme un hôtel particulier néo-classique.
Lorsqu'une DRAC doit se
trouver de nouveaux murs, comme ce fut le cas en région Centre en 1995,
il est souhaitable que le bâtiment choisi soit emblématique des deux vocations
du Ministère de la Culture :
- préserver et mettre en
valeur les témoignages significatifs du passé
- promouvoir la création
dans tous les domaines artistiques